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Le glyphosate et le cancer : pourquoi y a-t-il une différence dans sa classification par le CIRC et l’EFSA ?

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Contexte - Le glyphosate est un herbicide très utilisé qui a été récemment évalué par le CIRC et l’EFSA ; les deux organisations sont parvenues à des conclusions différentes concernant sa classification en tant que cancérogène pour l’homme.

Qu’est-ce qui explique cette différence de classification du glyphosate entre les évaluations réalisées par le CIRC et l’EFSA ?

Ceci est une synthèse et un résumé de plusieurs rapports scientifiques de consensus. Pour une liste complète des sources, vous pouvez vous référer à la section références.

  • Source :CIRC / EFSA (2015)
  • Résumé & Détails: GreenFacts

Introduction

L’herbicide glyphosate a été récemment évalué en raison de sa cancérogénicité potentielle pour l’homme par deux organisations : le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), associé à l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) de l’Union européenne.

Si le CIRC a classé le glyphosate dans le groupe 2A « probablement cancérigène pour l’homme », l’EFSA n’a pas considéré qu’il représentait un risque cancérigène.

Cette différence de classification a suscité un débat public entre scientifiques et entre les deux organisations. La présente synthèse explique quelles sont les différences et les met en perspective.

Quelle est la différence entre « danger » et « risque » ?

En termes de classification règlementaire, le « danger » désigne les propriétés intrinsèques d’un agent (physique, chimique, biologique) – sa capacité à être nocif, tandis que le « risque » tient également compte de la probabilité et de l’importance de l’exposition à l’agent considéré comme dangereux.

Cela peut donner lieu à des classifications différentes en fonction de l’intégration ou non du risque en tant que facteur de la classification.

Une explication simple de ces concepts est proposée dans cette vidéo de GreenFacts : https://www.youtube.com/watch?v=PZmNZi8bon8 

Qu’est-ce que le glyphosate et comment est-il utilisé ?

Le glyphosate est le nom commun du N-(phosphonomethyl) glycine (UICPA), un herbicide plus connu sous l’un de ses noms commerciaux, Roundup, mais désormais également disponible sur le marché dans toute une série d’autres produits, préparations et marques.

Le glyphosate est généralement utilisé dans des applications par pulvérisation contre les mauvaises herbes annuelles, bisannuelles et vivaces qui apparaissent dans toutes les cultures. Il peut être appliqué sur le sol ou sur la végétation existante avant de planter des plantes fruitières, des plantes ornementales, des arbres, des plants de pépinières, etc. Il peut également être vaporisé sur les cultures avant la récolte pour sécher les feuilles des céréales et des oléagineux.

Sur quels éléments repose la classification du glyphosate en tant que substance « probablement cancérigène pour l’homme » par le CIRC ?

Les Monographies du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) reposent sur le rassemblement et l’examen systématiques de toutes les études pertinentes publiées par des experts indépendants.

Pour parvenir à sa conclusion sur le glyphosate, le CIRC a examiné environ 1000 études et en a cité 269 dans sa Monographie, notamment des études expérimentales du glyphosate « pur » et des préparations à base de glyphosate. Dans l’ensemble, ces études ont observé des hausses semblables et statistiquement significatives du même type de cancer chez l’homme : le lymphome non hodgkinien.

A partir des études expérimentales du glyphosate « pur », la Monographie du CIRC1 a conclu que les preuves scientifiques du potentiel cancérigène chez les animaux de laboratoire étaient « suffisantes » et que les preuves scientifiques d’effets génotoxiques (dommages aux gènes et / ou aux chromosomes) étaient « solides ».

Le groupe de travail est parvenu à la même conclusion pour le glyphosate et ses préparations concernant leur classification en tant que substance « probablement cancérigène pour l’homme ». Le CIRC a par ailleurs souligné que la probabilité de développer un cancer dépendra de facteurs tels que la nature et l’importance de l’exposition et de l’intensité de l’effet de l’agent.

Sur quels éléments repose la décision de l’EFSA de ne pas classer le glyphosate comme cancérigène pour l’homme ?

Le processus d’évaluation de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) commence par un examen des informations disponibles par l’un des États membres, dans ce cas l’Allemagne, suivi d’une analyse approfondie par tous les autres États membres et par le groupe de travail qui a fourni l’évaluation initiale, puis d’une consultation publique. Tous ces documents sont disponibles sur le site Internet de l’EFSA.

En termes de cancérogénicité, l’évaluation de l’EFSA s’est concentrée sur le glyphosate (et non ses préparations) et a examiné toutes les informations disponibles, notamment le rapport du CIRC2. L’EFSA examine non seulement la substance en elle-même, mais également la façon dont elle est utilisée et dont les humains peuvent y être exposés.

A partir de l’évaluation des utilisations représentatives du glyphosate, l’EFSA a conclu 3que le glyphosate était peu susceptible de représenter un danger cancérigène pour l’homme. Les preuves scientifiques disponibles ne justifient pas la classification concernant son potentiel cancérigène selon le règlement européen sur la classification, l’étiquetage et l’emballage des substances et des mélanges. A partir des utilisations représentatives, qui ont été uniquement limitées à des cultures conventionnelles, des risques chroniques ou aigus pour les consommateurs n’ont pas été identifiés.

L’EFSA considère que les effets génotoxiques observés dans certaines préparations à base de glyphosate sont liés à d’autres constituants ou « co-formulants » et que, de la même façon, certaines préparations à base de glysophate présentent une plus forte toxicité que le principe actif des principaux herbicides, le glyphosate. L’EFSA estime ainsi que la toxicité de chaque préparation pesticide, et notamment son potentiel génotoxique, devraient être examinés plus en profondeur.

Pourquoi y a-t-il une différence de classification selon les organisations ?

Concernant les critères de classification, et comme souligné par l’organisation elle-même, l’évaluation de la Monographie du CIRC est une classification du danger. Elle indique la solidité des preuves scientifiques selon lesquelles le glyphosate peut provoquer des cancers. Le CIRC souligne par ailleurs que la probabilité de développer un cancer dépendra de facteurs tels que la nature et l’importance de l’exposition et de l’intensité de l’effet de l’agent.

Selon l’EFSA4, la principale différence entre les évaluations provient du fait que le rapport du CIRC a examiné à la fois le glyphosate et les préparations qui en contiennent, quelle que soit leur composition. La méthode d’évaluation suivie par l’EFSA évalue chaque substance chimique et chaque mélange commercialisé séparément, et l’EFSA a donc examiné uniquement le principe actif (le glyphosate).

Selon le CIRC5, de nombreux organismes règlementaires s’appuient surtout sur des données de l’industrie issues d’études toxicologiques qui ne sont pas disponibles dans le domaine public. En revanche, l’évaluation du glyphosate par le groupe de travail du CIRC a tenu compte de toutes les preuves scientifiques pertinentes et disponibles dans le domaine public pour un examen scientifique indépendant, y compris toute étude de l’industrie qui remplissait ces critères. Le CIRC n’a pas tenu compte des données qui n’étaient pas suffisamment détaillées pour permettre une évaluation satisfaisante, comme dans le cas de certaines études de l’industrie sur le cancer chez les animaux de laboratoire.

L’EFSA considère qu’au total, elle a évalué plus de données scientifiques que le CIRC, y compris de grandes études supplémentaires. L’EFSA recommandera à la Commission européenne de continuer à autoriser son utilisation en tant que pesticide dans l’UE. Toutefois, l’EFSA a fait part de ses préoccupations concernant certaines informations requises par le cadre règlementaire, mais qui font toujours défaut.

Ces divergences scientifiques sur le glyphosate seront-elles résolues ?

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pas encore validé officiellement les conclusions de la Monographie du CIRC sur le glyphosate et une réunion extraordinaire sur les résidus de pesticides, en mai 2016, se penchera sur cette question 6.

Dans un effort en vue de clarifier les divergences scientifiques, l’EFSA, conformément à ses principes d’ouverture et de transparence, a proposé de rencontrer le CIRC début 2016 pour examiner les différentes preuves scientifiques et méthodologies utilisées par les deux organisations.

Toutefois, un échange de lettres entre les directeurs des deux institutions a indiqué que cette rencontre ne pouvait avoir lieu7.

Références :
1  https://monographs.iarc.fr/ENG/Monographs/vol112/mono112-09.pdf
2 www.efsa.europa.eu/en/efsajournal/pub/4302 
3  www.efsa.europa.eu/sites/default/files/corporate_publications/files/efsaexplainsglyphosate151112en_1.pdf
4  www.efsa.europa.eu/sites/default/files/4302_glyphosate_complementary.pdf
5  www.iarc.fr/en/media-centre/iarcnews/pdf/Q&A_Glyphosate.pdf
6 www.who.int/foodsafety/areas_work/chemical-risks/call_for_data_for_2016_JMPR_May_final_1.pdf?ua=1 
7  www.esa.europa.eu/sites/default/files/Letter_from_Dr_Wild_to_Bernhard_Url_160212.pdf

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