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Rapport d’évaluation du GIEC sur le changement climatique (2013)

Changement Climatique Mise à jour 2007

8. Quelles actions peuvent être prises pour réduire les émissions de gaz à effet de serre?

  • 8.1 Quels sont les coûts des mesures d’atténuation ?
  • 8.2 Quel impact positif les changements de mode de vie et de comportements peuvent-ils avoir ?
  • 8.3 Quels sont les autres bienfaits des mesures d’atténuation ?
  • 8.4 Comment différent secteurs peuvent-ils réduire leurs émissions ?
  • 8.5 sont les implications à long terme des mesures d'atténuation ?

8.1 Quels sont les coûts des mesures d’atténuation ?

Les mesures d'atténuation visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre et peuvent contribuer à éviter, à réduire ou à retarder l'apparition des nombreux effets du changement climatique.

Les mesures d’atténuation ont un certain coût. Cependant, elles sont aussi bénéfiques sur le plan économique car elles réduisent les impacts du changement climatique et donc les coûts qui en résultent. Par ailleurs, elles peuvent également avoir des avantages économiques en réduisant la pollution locale de l’air et l’appauvrissement des ressources énergétiques.

Le potentiel d'atténuation peut être évalué soit en examinant les options techniques et réglementaires pour des secteurs spécifiques (approche ascendante), soit en regardant l'économie dans son ensemble (approche descendante). Quelle que soit l’approche suivie, les études indiquent un important potentiel économique d’atténuation des émissions mondiales de gaz à effet de serre pour les décennies à venir, ce qui pourrait compenser la croissance des émissions mondiales prévue ou ramener les émissions au-dessous des niveaux actuels.

Même les bienfaits liés au fait de limiter le changement climatique ne sont pas pris en compte, certaines mesures génèrent des bienfaits - par exemple une réduction des coûts énergétiques et une diminution de la pollution locale – qui compensent ou dépassent les coûts de ces mesures pour la société. Rien qu’en mettant en oeuvre les mesures d'atténuation, les émissions de gaz à effet de serre pourraient être réduites d'environ 6 GtCO2-éq par an en 2030 (à titre de référence, les émissions en 2000 étaient de 43 GtCO2-éq).

En effet, les politiques peuvent établir un « prix du carbone » réel ou implicite, par exemple par le biais d’impôts, de règlements ou de systèmes d’échange de quotas d'émissions : plus ce « prix du carbone » est élevé, plus il incite les producteurs et les consommateurs à investir dans des produits, des technologies et des processus qui émettent moins de gaz à effet de serre. Par exemple, avec un « prix du carbone » fixé à 100 dollars par tonne d’équivalent CO2, les émissions pourraient être réduites de 16 à 31 GtCO2-éq par an.

Cela suppose que le marché fonctionne de manière efficace, que les obstacles à la mise en oeuvre de ces mesures soient éliminés et que tous les secteurs contribuent à l’ensemble des efforts d'atténuation.

Stabiliser des concentrations mondiales de gaz à effet de serre autour de 445-535 ppm de CO2-éq (en 2005, elles étaient d'environ 455 ppm) provoquerait une baisse du PIB mondial de moins de 3 % en 2030. Autour de 590-710 ppm de CO2-éq, on pourrait même assister à une légère augmentation du PIB. Toutefois, ces coûts varient considérablement d’une région à l’autre.

Les études indiquent que les coûts pourraient être réduits si :

  • les recettes provenant des taxes sur le carbone et des permis d'émission étaient utilisées pour promouvoir les technologies à faible émission de carbone ou remplacer d'autres taxes existantes
  • les politiques d'atténuation incluaient tous les gaz à effet de serre et tous les puits de carbone.
  • les politiques d'atténuation résolvaient les problèmes d’inefficacité des marchés tels que les taxes et subventions provoquant des distorsions du marché.

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Tableau SPM 4 : Prévisions des coûts macro-économiques mondiaux en 2030 [en]

8.2 Quel impact positif les changements de mode de vie et de comportements peuvent-ils avoir ?

Les transports publics peuvent contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre
Les transports publics peuvent contribuer à réduire les émissions de gaz à effet de serre

Si les modes de vie et les comportements de chacun évoluaient en faveur de la préservation des ressources naturelles, ils pourraient contribuer à l’avènement d’une économie à faible émission de carbone, à la fois équitable et durable. Des programmes d'éducation et de formation peuvent aider à faire accepter le concept d'efficacité énergétique et conduire à d'importantes réductions des émissions de gaz à effet de serre:

  • Dans les bâtiments, les occupants peuvent réduire la consommation d’énergie en modifiant leur comportement, leurs habitudes culturelles et leurs choix de consommation.
  • Dans les villes, l’urbanisme et l'éducation peuvent amener les gens à utiliser leur voiture moins souvent et les encourager à conduire de manière plus écologique.
  • Dans les entreprises, la formation du personnel, les systèmes de récompense, les retours d’information et évaluations régulières, ainsi que la documentation sur les pratiques existantes peuvent conduire à un réduction de la consommation d'énergie.

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8.3 Quels sont les autres bienfaits des mesures d’atténuation ?

Non seulement les mesures d'atténuation aident à réduire ou à retarder les impacts du changement climatique, mais elles présentent également d’autres avantages, en termes de consommation d'énergie ou de pollution atmosphérique locale par exemple.

Une réduction de la pollution atmosphérique résultant d’une réduction des émissions des gaz à effet de serre pourrait avoir des répercussions bénéfiques de taille sur la santé et ainsi compenser une partie des coûts des mesures d'atténuation.

Les mesures d'atténuation peuvent également améliorer la sécurité énergétique et la production agricole tout en réduisant les pressions qui pèsent sur les écosystèmes naturels.

Cependant, les mesures d’atténuation dans un pays ou un ensemble de pays pourrait provoquer une augmentation des émissions ailleurs (fuites de carbone), ou influer sur l’économie mondiale (effets induits). Plus en anglais…

8.4 Comment différent secteurs peuvent-ils réduire leurs émissions ?

Pour différents secteurs d’activités humaines, un certain nombre de technologies et de pratiques clés qui pourraient contribuer à atténuer le changement climatique sont actuellement disponibles dans le commerce (voir tableau SPM 3 pour plus de détails).

  • Approvisionnement énergétique : les décisions en matière d’investissement dans les infrastructures énergétiques auront des conséquences à long terme sur les émissions de gaz à effet de serre, en raison de la longue durée de vie de ces infrastructures. Ces décisions peuvent contribuer à réduire les émissions d’ici 2030, notamment en :
    • investissant dans la réduction de la consommation d'énergie plutôt que dans de nouvelles infrastructures d'approvisionnement en énergie ;
    • passant du charbon au gaz ;
    • ayant recours à l'énergie nucléaire, bien que les contraintes en termes de sécurité, de prolifération d’armes et de gestion des déchets demeurent ;
    • utilisant les sources d'énergie renouvelables (énergie hydraulique, solaire, éolienne, géothermique et bioénergie) ;
    • favorisant la cogénération (production simultanée d’électricité et de chaleur) ;
    • appliquant les technologies de capture et de séquestration du carbone (CCS)

Une augmentation du prix des combustibles fossiles pourrait permettre aux solutions alternatives à faible teneur en carbone de devenir plus compétitives, mais pourrait aussi conduire à l'utilisation de solutions alternatives à haute teneur en carbone, tels que les sables bitumineux et les huiles lourdes.

  • Transports : Les possibilités d'atténuation dans le secteur des transports sont nombreuses : véhicules moins gourmands en carburant, véhicules hybrides, moteurs diesel moins polluants, biocarburants, transports ferroviaire et public accrus au détriment du transport routier, recours au vélo et à la marche à pied comme modes de déplacement alternatifs, urbanisation orientée vers une réduction de la nécessité de conduire. Toutefois, les efforts d'atténuation peuvent être contrebalancés par la croissance du secteur des transports et par d’autres facteurs comme les préférences des consommateurs et l’absence de cadre politique.
  • Bâtiments : Les moyens permettant aux bâtiments neufs et existants d’être efficaces sur le plan énergétique pourraient conduire à une réduction considérable des émissions de CO2 tout en générant des avantages économiques nets. Cependant, de nombreux obstacles à la pleine exploitation de ce potentiel subsistent. Parmi les moyens disponibles, on peut citer les éclairages, appareils ménagers, et systèmes de chauffage et de climatisation écologiques, les procédés d’isolation plus performants, les systèmes de chauffage et de conditionnement d’air solaires, ainsi que le recyclage ou encore l'utilisation de produits alternatifs aux gaz fluorés dans la réfrigération.
  • Industrie : C’est dans les industries à forte consommation énergétique que le potentiel d'atténuation est le plus élevé. Parmi les méthodes permettant de parvenir à une atténuation, on peut citer l’utilisation d’appareillage électrique plus efficace, la récupération de chaleur et d’électricité, le recyclage, et le contrôle de émissions de gaz autres que le CO2. De nombreuses installations industrielles dans les pays en voie de développement sont neuves et ont recours à des technologies de pointe. Toutefois, la modernisation des nombreuses installations plus anciennes et moins efficaces subsistant dans les pays industrialisés et dans les pays en voie de développement pourrait permettre une réduction importante des émissions.
  • Agriculture : Prises dans leur ensemble, les pratiques agricoles peuvent contribuer de manière considérable à atténuer le changement climatique, et ce à faible coût, en augmentant la quantité de carbone stockée dans le sol (puits de carbone), en réduisant les émissions de méthane et d'oxyde nitreux, en produisant des cultures qui seront transformées en énergie, en améliorant les techniques de riziculture et la gestion des élevages et du fumier afin de réduire les émissions de méthane, et en améliorant l'utilisation des engrais afin de réduire les émissions d'oxyde nitreux. Toutefois, la production de biomasse pour la convertir en énergie peut entrer en concurrence avec d'autres affectations de terres et avoir des effets tant positifs que négatifs sur l'environnement et sur la sécurité alimentaire.
  • Forêts : les activités d'atténuation relatives aux forêts, tels que l’afforestation, le reboisement, l'amélioration de la gestion des forêts, la réduction de la déforestation, et l'utilisation de produits forestiers plutôt que de combustibles fossiles, peuvent réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre et contribuer à piéger le CO2 de l'atmosphère. Ces efforts peuvent également favoriser le développement durable et l'adaptation aux changements climatiques. C’est dans les régions tropicales que le potentiel d’atténuation grâce aux forêts est le plus élevé, et c’est la réduction de la déforestation, notamment, qui pourrait permettre de parvenir à une atténuation du réchauffement climatique.
  • Déchets : Le secteur des déchets ménagers contribue légèrement aux émissions mondiales de gaz à effet de serre (< 5 %), mais il peut participer aux efforts d'atténuation, et ce à moindre coût, grâce à la récupération du méthane dans les décharges, à la récupération d’énergie lors de l’incinération des déchets, au compostage, au recyclage, et à la réduction des déchets.

Les options d’ingénierie géologique à grande échelle, telles que la fertilisation des océans en vue d’extraire directement le CO2 de l'atmosphère, ou le blocage de la lumière du soleil au moyen de matériel placé dans la haute atmosphère, sont encore largement du domaine de la spéculation. Leur efficacité n’a pas encore été prouvée, et on ne connaît pas leurs éventuels effets secondaires. Plus en anglais…

8.5 sont les implications à long terme des mesures d'atténuation ?

Afin de stabiliser la concentration de gaz à effet de serre dans l'atmosphère d’ici 2100 ou au-delà, les émissions devraient cesser d’augmenter, puis diminuer. Plus le niveau de stabilisation visé est bas, plus il est nécessaire que cette diminution commence rapidement. Les mesures d'atténuation des deux-trois prochaines décennies auront un impact important sur le niveau de stabilisation des émissions à plus long terme.

Les différents scénarios d’atténuation ont été évalués pour six différents niveaux de stabilisation (Catégorie I à VI, comme l’indiquent le tableau SPM-5 [en] et la figure SPM-8 [en]).

  • D'une part, pour parvenir à une stabilisation basse, inférieure à 490 ppm CO2-éq (catégorie I), il faudrait enrayer l'augmentation des émissions et commencer à les faire baisser avant 2015. La température moyenne mondiale augmenterait alors d'environ 2 à 2,4°C par rapport au niveau préindustriel.
  • D'autre part, une diminution des émissions plus tardive, par exemple entre 2060 et 2090, entraînerait une stabilisation du niveau jusqu'à 1030 ppm CO2-éq (Catégorie VI), ce qui signifierait une augmentation de la température moyenne mondiale d'environ 4,9 à 6,3°C par rapport au niveau préindustriel.

Ces niveaux de stabilisation des gaz à effet de serre dans l'atmosphère peuvent être obtenus grâce aux technologies actuellement disponibles dans le commerce et celles qui devraient l’être dans les prochaines décennies. Pour parvenir à une stabilisation des émissions, il faudra mettre en place des mesures visant une plus grande efficacité énergétique, investir dans les technologies à faible taux d’émission et les diffuser dans le monde entier, et soutenir la recherche de nouvelles sources d'énergie. Des mesures d'incitation efficaces seront nécessaires pour développer, acquérir, utiliser et diffuser les technologies et pour s’attaquer aux obstacles à celles-ci.

Dans le cas de faibles niveaux de stabilisation, les estimations indiquent que les efforts d'atténuation pourraient entraîner une réduction du PIB mondial de 5,5 % d’ici 2050. Toutefois, les coûts peuvent fortement varier d’une région à l’autre.

Tableau SPM.6 : Estimation macro-économique mondiale des coûts en 2050 relatifs aux coûts de base des voies les moins coûteuses vers différents objectifs de stabilisation à long terme [en]

Les choix liés à l’ampleur des mesures d'atténuation des émissions de gaz à effet de serre et à leur programmation dans le temps impliquent des décisions en matière de gestion des risques. Il s'agit de mettre dans la balance les coûts économiques induits par des réductions rapides d’émissions d’une part, et les risques climatiques liés à des actions trop tardives d’autre part. Des mesures de réduction des émissions qui se feraient attendre conduiraient à des investissements dans les infrastructures générant davantage d’émissions, ce qui limiterait grandement les chances d’atteindre des niveaux de stabilisation bas et augmenterait le risque que le réchauffement climatique ait des conséquences plus graves. Plus en anglais…


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